
- Apprendre
à lire à voix haute grâce à l'association les Mots
Parleurs PHOTO: Marie-Pierre DIETERLE.
- "On m 'as souvent qualifié
de traître dans ma vie. La première fois que ça se
produisit, j'avais 12 ans et j'habitais à la périphérie de
Jerusalem..."
- "Non, non... pas
comme cela, interrompt Agathe. Là, tu ne lis pas: tu récites, tu
chantonnes. Sois plus simple. Et plus présente. C'est une
expérience forte que l'écrivain raconte. Tu es dépositaire
du sens et du sentiment contenus dans son texte. Ta lecture doit mettre en
émoi; tu comprends ? Reprends, en essayant de casser le ronronnement
d'une lecture trop mécanique... Lis comme si ces mots étaient les
tiens. Il faut que tu te livres, que tu donnes plus de toi même. Allez,
vas-y."
- "On m'a souvent qualifié de
traître, dans ma vie..." Quinze fois, vingt fois, peut-être,
Roseline reprendra, concentrée et modeste, les premières lignes
du délicat roman de Amos Oz, " Une panthère dans la cave ".
Quinze fois, Vingt fois, Agathe précisera ses exigences, poussera
Roseline dans ses retranchements pour mieux lui faire éprouver tous les
enjeux d'une lecture à voix haute. Face à elles deux, le reste
d'une petite classe (cinq élèves) appliquée,
entièrement tendue vers la lecture à la tâche, en totale
emphatie avec celui ou celle qu'Agathe " met sur le gril ". François,
Véronique, Soomi, Anne-Laure plongeront chacun leur tour, dans le bain
d'un exercice beaucoup plus difficile qu'il n'y paraît.
- Nous sommes
vendredi soir, dans une salle du Cinéma des Cinéaste, à
deux pas de la place Clichy à Paris. Cette salle " d'art et essai "
dirigée par Laurent Hébert, est un lieu de rendez-vous
incontournable pour les cinéphiles de la région; depuis plusieurs
années, s'y développent des activités culturelles ouvertes
à tous et pas uniquement tournées vers le septième
art.
- Des ateliers de Lecture à voix haute, organisés
par l'association les Mots Parleurs, invitent les amoureux de
littérature à venir partager leurs trésors. Les Samedis
soirs les lectures sont publics et assurées par des comédiens
professionnels; les vendredis soir place aux exercices et aux
répétitions; sans public; menées par un professionnel. Ce
soir là Agathe Alexis, commédienne, metteur en scène; elle
dirigea pendant treize ans le Centre Dramatique du Nord-Pas-de-Calais; tient
serrées les rennes d'un attelage.
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Les Mots Parleurs dans les Lycées
Valérie Delbore,
Comédienne, diplomée du Conservatoire National d'art dramatique,
a créé Les Mots Parleurs en 1997. Son association, soutenue par
la Direction régionale de l'action culturelle et la ville de Paris.
Depuis peu Valérie Delbore propose des séquences de formation de
lectures à voix haute dans les lycées. "Je ressens la
nécessité de prendre en charge les écrits et de les donner
à entendre", dit-elle. Les groupes d'apprentissage sont volontairement
restreints; de quatre à six personnes; et les animateurs tous
comédiens professionnels. |
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"Non, non... pas
comme cela, interrompt Agathe. La, tu ne lis pas: tu récites, tu
chantonnes. Sois plus simple. Et plus précise. C'est une
expérience forte que l'écrivain raconte. Tu es dépositaire
du sens et du sentiment contenus dans son texte. Ta lecture doit mettre en
émoi."
- Le lecteur et son texte - qui apprend à emmener son
auditoire vers l'univers des poètes. " Vous êtez des charmeurs de
serpents ", souffle-t-elle à ses élèves pour les
convaincre de puiser au fond eux-mêmes la force de séduction
nécessaire. Les interpellant avec vivacité mais toujours avec
infiniement de délicatesse, Agathe Alexis semble ignorer les mobiles qui
animent chacun d'eux. Le sien est évident: servir les beaux textes et
transmettre la grâce qu'ils procurent. Sans mise en scène et aucun
effet d'aucune sorte - on n'est pas au théâtre - , la
comédienne pousse chaque lecteur à donner ce qu'il a de plus
original et partant, de plus personnel. Travail ciselé, tout en finesse,
qui vise le triangle parfait dans cette rencontre auteur-lecteur-auditeur, au
mystère inépuisable. Un débit trop rapide, un souffle
court trahissent-ils le trac, qu'aussitôt Agathe rassure, compatit: "
J'étais pianiste et j'ai du renoncer à mon métier à
cause de ce foutu trac... Il m'as fallu devenir commédienne pour le
dominer, les mains moites les jambes qui tremblent j'ai bien connu..."
- "Parfois, un visage se crispe, le
découragement n'est pas loin: " Zut, je lis toujours avec cette
même intonation..." Petit geste rageur de Véronique. " Bravo! Tu
viens de faire un grand progrès en prenant conscience de cette
faiblesse. Prends ton temps, poursuit Agathe. Tu n'arriveras pas à la
perfection en deux séances." De temps à autre Agathe glisse
quelques conseils technique; sans insister. L'essentiel est ailleurs: " Avant
toute chose soyez authentiques; faites passer quelque chose de
vous-même." Ou encore : " Ouvrez grand l'imaginaire de votre auditeur."
- "Deux heures ont passé,
déjà et chacun s'en étonne. Entre Anne-Laure la jeune
financière qui aimerait tant " mieux exprimer ses émotions ",
Véronique la professeur de yoga qui veut apprendre à " dire les
choses quand elles doivent être dites, de façon juste et audible
", Soomi jeune sud-coréenne, convincue que ce travail de lecture
à voix haute nourrira son métier d'inteprète ou encore
François qui pense déjà à l'étape suivante,
l'atelier d'écriture quels points communs ? Cette petite musique que les
mots des autres éveille en soi ? Ou cette jolie coïncidence qu'on
ne peut attribuer au hasard: tout à leur nouvelle passion de " lecteurs
à haute voix " et libres de choisir l'extrait de roman qu'ils
présenteraient ce soir là; dans une liste d'auteur
Israëliens toutefois, pour faire le lien avec la programmation
cinéma du mois; Roseline, Anne-Laure, Soomi, Véronique et
François ont tous élu des textes sur l'enfance.
Geneviève WELCOMME
le 04 Mars 2005
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